Le vin du glacier


 

Le vin du glacier

 

Introduction

Le Vin du Glacier est une spécialité et tradition du Val d'Anniviers. C'est un vin mythique, « un Vin de mémoire », fruit de l'histoire du peuple Anniviard.

Les deux photos ci-dessous proviennent de Mr Charles Krebser et sont issues du centre valaisan de l'image et du son à Martigny. Elles nous illustrent le transport du vin depuis Sierre en direction du Val d'Anniviers et l'arrivée à Chandolin avec les barrots de vin, vers les années 1920 - 1930.

Le Vin du Glacier est  très particulier dans la manière de le produire et de le déguster.

On entend deux versions : Vin du ou Vin des Glaciers.

Dans ses « Lettres sur le Valais », J-J. Rousseau a écrit « Le Vin du Glacier ! La gloire de l'Anniviard ».


















Historique
C'est un vin directement rattaché à la transhumance qui caractérisa la vie des communautés anniviardes dès le 14ème siècle. Afin de survivre, les familles se déplaçaient entre la plaine et la montagne pour travailler les terres selon les saisons.

Au fil du temps les Anniviards se sont construit par village, une identité bourgeoisiale avec maison  bourgeoisiale pour leur réunions et assemblées. Dès le 16/17ème siècle, ces communes bourgeoisiales ou bourgeoisies achetèrent des vergers et des vignes dans la région sierroise. Le cépage cultivé était celui de « L'uva raetica » (la rèze), issu de la région de Vérone et qui aurait été introduit en Valais par l'armée romaine.

Le vin produit était stocké dans des tonneaux de mélèze (setiers et barrots de 30 à 37,5 litres), puis transporté en fin d'hiver, après la fonte des neiges en montagne près des glaciers, à dos de mulet. Chaque année, quand le vin arrivait dans sa cave montagnarde, le caviste procédait à une méthode dite de transvasage, en ajoutant au tonneau contenant le plus vieux, le vin du tonneau le plus récent. Ce vin ne possède pas de millésime, car il est impossible de lui définir un âge.

En 1903, le vignoble valaisan comprenait près de 400 ha de rèze, principalement dans le district de Sierre. Malheureusement aux alentours des années 1920, le phylloxéra a presque détruit ce cépage. Il a alors été remplacé par d'autres plus faciles à travailler comme l'ermitage surtout, le chasselas, la malvoisie, la petite Arvine.

Dans la tradition, l'Anniviard gardait son vin du glacier  pour les grandes occasions telles les baptêmes et mariages, et il gardait un tonneau de son Glacier pour l'offrir à ses parents et amis au jour de sa mort.
 

Aujourd'hui

Les bourgeoisies de Chandolin, St-Luc, Ayer-Mission, Grimentz et Vissoie, ainsi que les bourgeois possèdent dans leurs caves des tonneaux souvent anciens de Glacier. Comme la production de Rèze est insuffisante de nos jours, les Bourgeoisies et vignerons du Val d'Anniviers font leur Vin du Glacier en utilisant également d'autres cépages autochtones : l'Ermitage principalement, l'Arvine et la Malvoisie.

Fait à Sierre à la méthode traditionnelle dans des foudres en bois, il est toujours monté dans les caves des villages anniviards où il vieillit  dans des fûts de mélèze.

Un diplôme est encadré dans la salle bourgeoisiale de Grimentz. C'est celui obtenu par le Vin du Glacier lors de sa présentation au concours de l'Exposition Nationale de 1964 à Lausanne : « Le Glacier mérite la médaille d'or - hors concours ».

Ainsi, à l'instar de Grimentz et alentours qui décompte une centaine de caves qui conservent la tradition du tonnelet de vin, le Val d'Anniviers conserve précieusement sa tradition et la perpétue avec cœur et fierté.
 

Dégustation

Le Vin du Glacier se déguste de préférence à la cave, au tonneau, à la température d'une crevasse en été, c'est-à-dire très frais ! Il ne laisse personne indifférent. Il peut impressionner, voire fasciner, mais aussi déplaire quelquefois.

Il fait partie des vins à caractère oxydatif  comme le vin jaune du Jura français, les vins de Xérès, le Malaga, certains Tokjaj de Hongrie, les Portos les Madères et bien d'autres qui sont produit au moyen d'un levage oxydatif (dans des contenants en bois qui laissent diffuser une petite quantité d'oxygène dans le vin) et sont soignés selon des méthodes similaires (vin des glaciers = transvasage, xérès = la solera).

A la vue : on découvre, de préférence à la lumière d'une bougie, une déclinaison de couleurs ambrées et chaleureuses témoignant des grands âges de ces vins.

Au nez : on hume des notes très poussées de plantes aromatiques et de noisette.

Au goût : le vin est très marqué, musqué, il est d'une exceptionnelle persistance et d'une grande complexité.

On peut déceler une multitude de goût : boiseux, résineux, sauvage, noisette, maggi, citron, pain d'épice ainsi que des arômes tertiaires de madère, champignons et amandes.

Pour Maurice Chappaz le Vin du Glacier lui suggère « une profonde saveur, un goût tanné et frais de mélèze et d'esparcette, il est franc, il est net et vous suggère le simple parfum, l'envoûtante touche de pollen du vieux pays. »

Le parfum de résineux et de madère provient de la vinification en bois de mélèze.

Le Vin du glacier se boit généralement seul, sans accompagnement. On peut toutefois agrémenter la dégustation d'un vieux fromage, voire d'une raclette.

En raison de son goût puissant et persistant, le Glacier doit être servi en dernier lors d'une dégustation.
 

Unique vin du Glacier en bouteille : le « Clos Château Ravire »

L'amoureux du Val d'Anniviers, qui n'a pas accès à la cave d'une bourgeoisie ou d'un particulier, peut se réjouir de découvrir et de déguster le seul vin du Glacier trouvable en bouteilles et qui est produit par Michel Savioz : le « Glacier d'Anniviers ».

Ce viticulteur originaire du Val d'Anniviers a hérité de ses parents et des ses grands-parents d'anciennes vignes et des tonneaux de Vin du Glacier.  Il vinifie au Château Ravire à Veyras, de manière traditionnelle dans des grands foudres de bois. Le vin est ensuite acheminé dans le Val d'Anniviers, dans des caves ancestrales du village d'Ayer.  La production vieillit là-haut  dans des fûts de mélèze.

Afin de garantir un vieillissement optimal de son vin, Michel Savioz monte chaque semaine dans ses caves montagnardes  pour contrôler son assemblage de rèze, d'Ermitage et de Malvoisie. Il élève ainsi 8000 litres de Vin du Glacier.

Seul son plus vieux tonneau qui a plus de cent an n'est pas commercialisé mais réservé, comme le veut la coutume, pour les grandes occasions et enterrements.

Protection de l'appellation 

Suite au dépôt d'une demande d'Appellation d'Origine Contrôlée (AOC) par quelques anniviards passionnés, un projet d'Ordonnance sur la Vigne et le Vin (OVV) a été établi.

Parmi les nombreux points exigés pour la production d'un Vin du Glacier, seules les dégustations au tonneau seraient admises. Il y aurait une interdiction de commercialisation et de mise en bouteille. Le dossier est actuellement entre les mains des Instances cantonales.
 

Chanson d'autrefois

Pour boire du Glacier,

Il faut quitter la plaine

Et s'engager au loin

Dans le Val d'Anniviers.

Il faut longtemps marcher

Sur des chemins de terre

Pour mériter ce vin

Qu'on appelle le Glacier....

 

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