Le mélèze

Le mélèze





















Identification, taille et habitat
Le mélèze d’Europe « Larix decidua Mill » est un arbre majestueux, aérien, à cime conique, s’élançant d’un jet jusqu’à 30-35m de hauteur.
Il vit entre 1000 à 2500 mètres d’altitude, dans les systèmes montagneux des Alpes et des Carpates. On le trouve aussi largement répandu en Sibérie et en Amérique du Nord. Très résistant au froid et au vent, il affectionne l’air sec et la lumière intense de la haute montagne.
Ce sont souvent les mélèzes qui s’échappent au-dessus de la forêt, semblant s’élancer à la conquête des cimes.

Aiguilles et branches
Les aiguilles du mélèze sont tendres, aiguës, longues de 10 à 30 mm, d’un beau vert tendre au printemps et en été, avec le dessous gris verdâtre ; elles poussent isolément sur les rameaux longs, en rosettes sur les rameaux courts. En automne, ces aiguilles prennent une teinte jaune vif, puis tombent. Les  branches du mélèze sont horizontales, celles du bas un peu pendantes.

Ecorce et bois
Protégé par une écorce épaisse qui peut atteindre jusqu’à 20 cm d’épaisseur et très imprégné de résine, le mélèze a une résistance exceptionnelle à la sécheresse en altitude et aux intempéries. Au fil du temps, l’écorce  se crevasse profondément, laissant apparaître une teinte brun-rougeâtre dans les fissures. Les pics et les mésanges utilisent cette écorce comme enclume pour décortiquer les graines d’arolle et les cônes d’autres résineux.

Longévité
Le mélèze vit longtemps, les arbres de 300 à 400 ans sont relativement courant. Ses plus vieux individus peuvent dépasser les 800 ans et atteindre 2 m de diamètre. A Chandolin, dans le cadre des promenades botaniques, le poste numéro 7b est dédié au Grand mélèze des Armèles, âgé de 860 ans. 

Données générales et utilisation
Imputrescible, le bois de mélèze fournit un matériau de construction de première qualité, résistant à la pourriture et aux attaques d’insectes. Nul besoin de traitement, ni de peinture ! Traditionnellement utilisé dans des conditions extrêmes, soit comme traverses de chemins de fer, bardeaux de toitures, construction de bateaux ou planches d’écuries. Venise l’a exploité pour fabriquer les pilotis sur lesquels toute la ville est construite.

Mélèze aux quatre saisons
Quelque soit la saison, cet arbre ravit le regard :

Au printemps
Le vert  tendre de ses aiguilles tranche sur le bleu du ciel. C’est à ce moment-là que le mélèze « fleurit ». De mars à avril, les fleurs femelles à l’extrémité des rameaux, sont de petits cônes rose framboise. Les petites fleurs mâles, situées à la face inférieure des rameaux, ont la forme de disques blanchâtres devenant jaunes. Le vent va disperser leur pollen qui va féconder les cônes femelles. Les fruits apparaissent de mai à juin. Ce sont de petits cônes (pives) brun clairs, ovoïdes et arrondis, de 1,5 à 4cm de long avec des écailles au bord retourné vers l’intérieur.

En été
Le vert tendre des aiguilles tranche agréablement avec les tons sombres des autres résineux. Le soleil joue à travers les branchages.Les écailles des pives s’épanouissent et libèrent des graines ailées. Les cônes encore jaunâtres sont ceux de l’an passé, ceux noirâtres à gris ont deux ans déjà et ne vont pas tarder à tomber. Ce sont donc trois générations de cônes qui sont observables sur une même branche.

L’automne
Dès l’automne, les aiguilles virent au jaune d’or et illuminent les bois et les versants montagnards dans un embrasement général. Le mélèze devient alors véritablement roi des forêts. Evoluant vers les teintes orange et ocre, ce spectacle ne dure pas. Les aiguilles tombent à terre et vont se transformer en humus où graines et plantes vont pouvoir se développer.

En hiver
Lorsque les mélèzes ne sont pas recouverts de leurs parures neigeuses qui scintillent au soleil, comme le décrit joliment René-Pierre Bille : « les forêts de mélèzes ressemblent alors à une fourrure qui rappelle la pelisse des renards ».

Histoire
Les madriers de mélèze, grossièrement équarris à la hache pour les raccards ou… merveilleusement ajustés pour les habitations, durent quatre, cinq siècles et même davantage si le toit reste en bon état. Ils prennent naturellement sous le soleil une couleur foncée, presque noire aux somptueux reflets rougeoyants.
Depuis la nuit des temps, le destin du mélèze est lié à la vie des hommes. On récoltait sa résine ambrée à senteur forte et agréable connue sous le nom de térébenthine. Elle s’écoulait de  mai à septembre par des trous pratiqués dans l’arbre et bouchés durant l’hiver. Les récoltes de poix étaient dûment réglementées par les gouvernements d’alors afin de veiller à ce que les nombreux trous pratiqués dans les troncs n’affaiblissent pas les mélèzes, garants de la protection des villages contre les chutes de pierres et avalanches. La préparation des vernis fins et des laques absorbait la plus grande partie de la production par ailleurs peu abondante.
Comme le relate René-Pierre Bille dans son « Calendrier des travaux et de fêtes » en Anniviers, les femmes se rendaient à l’automne en forêt, pour ramasser la fine litière des mélèzes.
Citant le savoir ancestral des Anniviards, recueilli par Sabine Brüschweiler dans son ouvrage « Plantes et Savoirs des Alpes » on ne peut que constater, à travers et entre autres les propos ci-après, que les mélèzes étaient utilisés de bien des façons par les Anniviards d’autrefois.

Construction et fabrication d’outils et d’ustensiles
Le bois de mélèze était utilisé pour la charpente, la menuiserie, les bardeaux, les ponts, des tronçons de bisse et les fontaines. Mais aussi pour la fabrication des cuviers pour conserver la choucroute, des brantes à lait, sortes de bassines transportables sur le dos, le cerclage de récipients en bois, les échalas de vigne qui supportaient les plants, les tonneaux à vin.

Lessive
Les cendres de bois, de préférence de mélèze étaient utilisées pour la grande lessive afin de blanchir le linge. Le linge était mis à tremper la veille. Le lendemain matin, un drap était tendu au-dessus du baquet ou du cuvier et on y déposait les cendres de bois. On versait alors de l’eau chaude par-dessus et il fallait que le tissu empli de cendres trempe dans l’eau afin de bien se mélanger. Le linge était ensuite retiré du cuvier, frotté et savonné à l’aide de l’herbe à savon (dès le début du 20ème siècle, avec du savon de Marseille) et porté à la fontaine pour le rincer.

Conservation des aliments
La sciure du mélèze était recueillie après l’abattage d’un mélèze et contribuait à la conservation des aliments, tels les œufs, qui pouvaient alors se garder deux à trois mois s’ils étaient posés, la pointe  vers le bas et sans se toucher les uns les autres, dans une couche de sciure de mélèze sèche.

Utilité médicinale
La résine de mélèze se récoltait lors de l’abattage du mélèze et se conservait sous forme liquide. Lors de coupe en forêt, les Anniviards se munissaient toujours d’une boîte pour récupérer la résine qui s’écoulait. On l’appliquait telle quelle, pour retirer les épines et échardes des doigts. Certains fabriquaient un onguent désinfectant et cicatrisant, en mélangeant de la résine de mélèze avec de la cire, de la graisse de marmotte ou de chamois.
Lorsqu’on coupait un mélèze, on trouvait à l’intérieur une couche blanche entourant le bois. Il s’agit d’un champignon dont on avait constaté qu’il avait des propriétés hémostatiques. On appliquait un bout de cette pellicule en cas de coupure sur la plaie pour arrêter le saignement. 

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